Le prix de l’essence à la pompe au Québec et en Ontario résulte d’un assemblage complexe de différentes composantes qui expliquent les écarts tarifaires entre ces deux provinces canadiennes. Comprendre cette structure de prix permet aux automobilistes de mieux saisir les enjeux économiques qui influencent leur budget carburant.
Les composantes communes du prix de l’essence
Dans les deux provinces, le prix de l’essence repose sur quatre éléments fondamentaux. Le coût du pétrole brut constitue la première et principale composante, représentant environ 40 à 50% du prix final à la pompe. Ce prix fluctue selon les marchés mondiaux et demeure identique partout au Canada puisqu’il s’agit d’une marchandise négociée internationalement.
La marge de raffinage couvre les frais de transformation du pétrole brut en essence raffinée. Cette marge inclut les coûts d’exploitation des raffineries et un profit pour les raffineuses, et elle reste relativement similaire entre le Québec et l’Ontario.
Les frais de transport et la marge de détail varient selon la distance entre les raffineries et les stations-service. Les détaillants ajoutent leur propre marge pour couvrir leurs frais d’exploitation et dégager un profit, créant de légères variations régionales.
Structure fiscale au Québec : un cumul de taxes important
Au Québec, selon Revenu Québec, la taxe québécoise est fixée selon un montant fixe qui est actuellement de 19,2 cents le litre, représentant l’une des taxes provinciales les plus élevées au Canada. Cette taxe sur les carburants s’accompagne d’une taxe sur l’essence (agglomération métropolitaine de Montréal) de 3 cents le litre additionnels pour financer le transport en commun.
Le gouvernement fédéral prélève également une taxe d’accise à un taux fixe de 10 cents le litre sur l’essence, comme l’explique Ressources naturelles Canada. À ces taxes fixes s’ajoutent la TPS de 5% et la TVQ de 9,975%, calculées sur l’ensemble du prix incluant toutes les autres taxes, créant un effet multiplicateur significatif.
Fiscalité ontarienne : des allègements temporaires
L’Ontario applique une approche différente avec des mesures d’allègement. Selon le gouvernement ontarien, du 1er juillet 2022 au 30 juin 2025, le taux de la taxe sur l’essence sans plomb passera de 14,7 cents le litre à 9,0 cents le litre, offrant une réduction substantielle de 5,7 cents par litre. Cette mesure temporaire vise à soulager les automobilistes ontariens face à l’inflation.
Contrairement au Québec, l’Ontario n’impose pas de taxe de vente provinciale sur l’essence, utilisant plutôt la TVH (Taxe de vente harmonisée) de 13% qui s’applique sur le prix total, incluant les taxes d’accise.
Impact de la tarification du carbone : une différence majeure
Depuis avril 2025, une différence importante distingue les deux provinces. Comme le rapporte La Presse, le 1er avril, le prix total à la pompe devrait donc être plus élevé de 20 à 25 cents le litre au Québec comparativement à ailleurs au Canada, car le Québec maintient sa propre tarification du carbone via son système de plafonnement et d’échange.
Cette situation découle de l’abolition de la redevance fédérale sur les combustibles par le gouvernement Carney, qui ne s’appliquait pas au Québec ayant son propre système. Selon une analyse de Desjardins, le Québec accumule ces revenus dans son Fonds d’électrification et de changements climatiques, contrairement au système fédéral qui redistribuait les sommes aux consommateurs.
Implications économiques et perspectives
Ces différences structurelles créent un avantage prix significatif pour l’Ontario. Radio-Canada rapporte que les prix à la pompe ont diminué d’environ 17 à 20 cents par litre dans les provinces utilisant le système fédéral. Les régions frontalières québécoises bénéficient de rabais partiels pour compenser cet écart, mais l’effet demeure substantiel selon Le Droit.
Comme l’indique Le Devoir, les taxes représentent désormais environ 38% du prix total au Québec selon la Fédération canadienne des contribuables, contre un pourcentage moindre en Ontario.
Cette situation soulève des questions sur la compétitivité économique et pourrait intensifier les pressions sur le gouvernement québécois pour réviser sa politique fiscale sur les carburants. Les automobilistes québécois font face à un fardeau fiscal plus lourd, particulièrement visible depuis l’abolition de la taxe carbone fédérale dans les autres provinces.
L’évolution future de ces politiques fiscales influencera directement le portefeuille des consommateurs et la dynamique économique entre ces deux importantes provinces canadiennes.
Mise à jour : la taxe d’accise fédérale suspendue temporairement en 2026
Fait notable : la taxe d’accise fédérale de 10 cents le litre sur l’essence et le diesel a été suspendue temporairement du 20 avril 2026 au 7 septembre 2026. Cette mesure a un impact direct et visible sur le prix à la pompe durant cette période, bien que les autres composantes du prix (taxe provinciale sur les carburants, marge de raffinage, marge au détail, TPS et TVQ) demeurent inchangées.
Autre élément à considérer dans la composition du prix : le Système de plafonnement et d’échange de droits d’émission (SPEDE), le marché du carbone québécois, représente désormais environ 6 à 8 cents le litre, intégré dans le prix à la rampe de chargement. Ce coût, moins visible que les taxes affichées, contribue lui aussi à l’écart de prix entre le Québec et certaines autres provinces qui n’appliquent pas de tarification équivalente du carbone.
Foire aux questions
Cette suspension de la taxe d’accise fédérale s’applique-t-elle aussi à l’Ontario?
Oui, il s’agit d’une taxe fédérale, donc la suspension s’applique uniformément dans toutes les provinces canadiennes durant la période visée.
Pourquoi le prix de l’essence varie-t-il autant d’une région du Québec à l’autre?
Principalement en raison des frais de transport variables selon la distance des dépôts et de la taxe provinciale sur les carburants, réduite dans certaines zones frontalières et périphériques pour limiter les écarts de prix entre régions.
Article mis à jour par Guillaume Eckerl, fondateur de PeachyCar.ca, service d’inspection pré-achat mobile au Québec. Sources : CAA-Québec, Régie de l’énergie du Québec.



